vendredi 11 janvier 2008

Enceintes Acoustiques VIENNA ACOUSTICS Mozart Grand


Origine : Autriche – Prix : 2400 € – distribuées en France



Les enceintes Vienna Acoustics Mozart Grand sont d’élégantes et fines colonnes à la finition rien moins qu’exceptionnelle. Notre exemplaire de test, couleur noyer foncé finement poncé et laqué est une petite merveille d’ébénisterie (la photo représente la finition cerisier).
Ces colonnes reposent sur un magnifique socle en aluminium injecté équipé de quatre pointes acier qui les rehaussent de 7 bons centimètres. En face avant, pour les curieux, deux unités grave-médium de 15 cm de diamètre, équipés d’une membrane totalement transparente en thermoplastique TPX. Ce matériau a été élu par Vienna Acoustics pour ses qualités de rigidité et de résistance à la température. Ici, ce composé est en outre recouvert de trois couches supplémentaires de polymères spécialement formulés afin d’optimiser encore ses caractéristiques.

Vous voulez savoir comment est constitué un haut-parleur ? Observez par transparence ceux de la Mozart Grand : tout est là ! En tout état de cause, ce composite présente un compromis idéal entre faible masse, haute rigidité et amortissement optimal des vibrations susceptibles de le parcourir (d’où une réduction efficace du fameux phénomène de fractionnement des membranes). Des transducteurs à haut pouvoir de résolution, comme nous l’observerons durant l’écoute. Pour l’aigu, la Mozart Grand arbore un beau dôme textile conçu en collaboration avec le fabricant Scanspeak.

Le filtrage est de type à deux voies et demi, les deux unités grave/médium individuellement chargées opérant en parallèle seulement pour les fréquences les plus basses. Vienna Acoustics apporte un scrupuleux souci du détail, comme en témoigne la réalisation du filtre, directement soudé sur les borniers. Le câblage de chaque haut parleur est réalisé grâce des paires de câbles cuivre à forte section, torsadées avec précision afin de limiter au maximum leur sensibilité aux parasites. L’arrière figure deux évents (un pour chaque volume de charge) et l’unique bornier de très haute qualité réalisé en alliage or/argent ! Il n’est pas jusqu’à la grille de protection qui ne possède son utilité. Tendue sur une armature aluminium, celle-ci présente un profil «en V» aux caractéristiques de dispersion étudiées pour une optimisation de la scène sonore dans les acoustiques un peu exigües.

Leur rendement correct de 90 dB leur permet l’association avec des amplis de puissance modérée dans un environnement domestique standard. Mais ces fines colonnes s’avèrent également à l’aise dans les grands espaces …

Ecoute

Il faut depuis presque vingt années compter avec les Autrichiens de Vienna Acoustics dans le domaine très cosmopolite de la haute-fidélité. Des modèles tels que les Isis et les Silver Shadow, apparues respectivement en 1991 et en 1995, ont en leur temps défrayé la chronique. Et les Mozart Grand sont bien là pour le prouver aujourd’hui encore. Il s’agit pourrait on dire d’un «grand petit-système». Malgré une profondeur assez importante, l’encombrement de ces enceintes reste en effet modéré. La taille des haut-parleurs de grave-médium est comparable à celle que l’on trouve sur de petits modèles d’enceintes, en format monitor ou mini-colonnes. Mais voila, le savoir faire et l’ingéniosité des concepteurs de chez Vienna Acoustics fait la différence. Et, à l’écoute, elles délivrent bel et bien un très grand son de qualité.

Prenons, par exemple, le turbulent Potato Radio de l’infernal duo Nancy King / Glen Moore (aujourd’hui quasiment introuvable sauf en occasion sur Internet). Ce système d’enceintes explore superbement toutes les trouvailles sonores déployées par notre tandem. Pour illustration les glissandi de contrebasse dans «Your love» … Sans compter l’effet de présence, dû à l’excellence de la prise de son, et à ses timbres étonnants de naturel (sur «Little Bronco», ou encore sur les percussions de la quasi-salsa «I sing for you» ). Ce disque transporte littéralement l’auditeur dans le studio d’enregistrement ! Le détourage des différents pupitres et leur replacement dans l’acoustique d’origine est magistral… l’extension dans le grave est sidérante au vu du diamètre des haut-parleurs ! En outre, l’équilibre et la largeur de bande apparente ne sont que très peu modifiés en fonction du niveau d’écoute. Même à faible volume, une écoute attentive typée «audiophile» reste possible. La prise de contact commence donc sous les meilleurs auspices !

Les Mozart Grand sont capables d’écarts dynamiques importants, et, décidemment, les musiciens du Buenos Aires Madrigal remplissent eux aussi l’espace avec une facilité déconcertante… Ici encore, le registre grave ne manifeste pas de limite apparente - mais il est vrai que nous n’écoutons pas Massive Attack ! Suffit-il d’expliquer que tous les instruments présents ici, violes, bandonéon, guitare, ainsi que les voix, affectent un degré de réalisme, un poids très convaincant, tout en présentant un caractère éminemment chantant. Sur une telle formation, on voit mal quel reproche on pourrait formuler envers ces enceintes, très bien entraînées ici par l’intégré Hegel testé dans ces mêmes colonnes.

Après la musique de chambre, place à l’orchestre. Place à Shéhérazade, qui sût échapper à la cruauté du Roi de Perse grâce à son pouvoir de conteuse. Nous sommes immédiatement sous le charme des tableaux évocateurs de cette œuvre magnifique. Premier point, la musicalité pure, nullement critiquable. Les Vienna Acoustics ne se font pas prier pour articuler et chanter. Ensuite, la neutralité et l’extension aux deux extrémités du spectre sont manifestes, ce qui ouvre une perspective très réaliste sur l’orchestre. La transparence sonore très supérieure de ces enceintes fournit une vue de détail crédible sur beaucoup de pupitres, tant au niveau tonal que spatial. La scène sonore est en effet bien ouverte et singulièrement profonde. Voila donc une vision de l’orchestre qui ne laisse pas place à la frustration et qui s’accompagne d’une reproduction des timbres toujours très racée.

Conclusion

Les Vienna Acoustics Mozart Grand sont tout d’abord de très beaux objets à la finition luxueuse, inouïe pour leur prix. Ce sont ensuite des enceintes qui embarquent entre autres choses des haut-parleurs de haute technologie, le fabricant autrichien ne se contentant pas de choisir des transducteurs dans un catalogue existant comme le font beaucoup de marques. Il existe bien entendu d’excellents fabricants de haut-parleurs, dont les produits font merveille dans nombre de réalisations du commerce. Mais l’écoute d’un modèle tel que les Mozart Grand permet de comprendre pourquoi un concepteur éprouve le besoin de fabriquer ses propres composants, ou d’en faire réaliser spécifiquement sur cahier des charges. Comment expliquer autrement le niveau de performance exceptionnel obtenu ici avec des unités grave/medium de taille tellement réduite ? Mais les Mozart Grand ne sont pas que des modèles de démonstration … elles savent aussi faire beaucoup de musique. Et au prix auquel elles sont proposées, il s’agit d’une véritable affaire, qui mérite une vive recommandation !

Spécifications constructeur

- Type : enceinte colonne à 2 voies et demi – 3 haut-parleurs
- Principe de charge : bass-reflex
- Réponse en fréquence : 32 Hz à 22 kHz @ +/- 3dB
- Sensibilité : 90 dB à 1 W à 1 m
- Impédance nominale : 4 Ohms
- Puissance nominale recommandée : 30 à 200 W
- Dimensions : 17 (L) x 29,5 (P) x 94 (H) cm
- Poids : environ 26 kg pièce

Configuration d'écoute

- Lecteur CD STELLO CD 320
- Ampli intégré HEGEL H200
- Câblage  : MPC Evidence (modulation) et MPC Abyss (enceintes)





jeudi 3 janvier 2008

Ampli intégré HEGEL H200


Origine : Norvège – Prix : 3400 € - Distribué en France
par Accentuel Audio




L’intégré Hegel H200 se présente comme un beau parallélépipède de finition noire ou gris satiné (dite pearl silver), dont seule la face avant présente l’originalité d’être légèrement galbée. Cette dernière affiche un gros poussoir de mise sous tension et un afficheur luminescent bleu placés en position centrale, complétés de part et d’autre par un sélecteur de sources et un réglage de volume. L’ergonomie en est bien pensée puisque la commutation de sources s’accompagne du retour progressif au niveau sonore automatiquement mémorisé lors des dernières utilisations. Par ailleurs, cet ampli intégré ne propose pas de réglage de balance, et ne présente que quatre entrées haut niveau : trois sur fiches RCA plus une entrée symétrique sur prises XLR. En revanche, le mode Home Theater et sa paire d’entrées dédiées permettra de n’utiliser que la partie ampli de puissance de cet appareil.

A l’intérieur, rien que du bon ! La conception dual-mono saute aux yeux, sauf pour le transformateur maison, unique composant mutualisé (à l’exception de la carte qui supporte les relais d’entrée et de celle qui commande l’affichage). Unique, mais très bien dimensionné ! 14 cm de diamètre, 7 cm d’épaisseur, 800 VA de puissance ! Tout est rationnellement et symétriquement organisé autour de ce majestueux composant. A savoir, pour chaque canal : une large carte d’alimentation, une carte de préamplification, et une carte d’amplification de puissance. Le câblage interne est réalisé avec soin, même si la coexistence de cartes mutualisées et de cartes dédiées gauche/droite oblige à faire courir entre celles-ci quelques longueurs de câble. En fait, l’intégré H200 se présente comme une version compacte du système séparé composé du préampli P2A Mk2 et de l’ampli de puissance H2A Mk2. Si la partie préampli du H200 est quelque peu simplifiée par rapport au P2A, les cartes de puissance sont en revanche identiques à celle du H2A, et embarquent la technologie Sound Engine brevetée par le concepteur de la marque. Très sommairement, il s’agit d’un principe d’amplification sans contre-réaction globale, permettant, selon le constructeur, de ne garder que les avantages respectifs des classes A et AB, et de se débarrasser de leurs inconvénients. La quadrature du cercle ? Toujours est-il que, nous le verrons plus bas, tout caractère électronique est absent de la reproduction dispensée par le H200.

Chaque carte d’alimentation s’enorgueillit de la présence de quatre condensateurs de 10 000 µF sous 80 V (d’origine Rubycon), complétés par deux unités de 1000 µF sous 100V. Côté préamplification, le signal ne rencontre que des composant discrets standards (non CMS), implantés sur un circuit imprimé en apparence monocouche. Du traditionnel, mais faisant appel à des composants en général surdimensionnés (cf les résistances verre/métal). Les transistors de sortie des cartes d’amplification viennent prendre appui sur les radiateurs latéraux. On en dénombre deux paires (modèles bipolaires 2SA1943) par canal.

Signalons également la jolie télécommande tout aluminium accompagnant cet appareil. Ses tous petits boutons la réservent cependant à des utilisateurs aux doigts délicats !


Ecoute

La restitution proposée par l’intégré Hegel est de prime abord ample, délicate et reposée. Ample, car sur un bon enregistrement studio (The Blue Nile, High), la scène sonore est magnifiquement étendue et précise. Elle situe avec un très bon détourage tous les événements sonores au sein d’un espace assez large, aux plans sonores très bien différenciés en profondeur. Du point de vue fréquentiel, le message affiche également une largeur de bande très satisfaisante. Le grave, en particulier, est excellemment maîtrisé tout en restant expressif et profond. Avec nos Totem Staff, dont le haut-grave peut à l’occasion paraître un peu trop généreux si elles ne sont pas assez bien contrôlées, le message affiche dans ce registre une bonne densité sans aucun effet pneumatique, pour ne pas dire une tension constante du meilleur effet. Le passage à des enceintes plus ambitieuses (les Vienna Acoustic Mozart Grand), démontrent un niveau et une qualité des registres grave et extrême-grave tout à fait impressionnants. Cette électronique en apparence toute sage a donc des tripes ! Mais elle affiche quel que soit le niveau sonore une absence quasi-totale de projection, ce qui n’est pas pour rien dans l’agrément d’écoute. La voix de Paul Buchanan est ainsi bien présente, agréablement timbrée et détaillée, mais jamais agressive. Tout juste pourra-t-on déceler une petite coquetterie parfaitement supportable dans le haut médium, une petite brillance mettant en exergue les micro-informations situées dans cette gamme du spectre.

L’écoute du Buenos Aires Madrigal confirme à la fois la richesse et la justesse des timbres délivrés par cette électronique, tout autant que son caractère musical et chantant. L’effet de corps est bien réparti sur tout le spectre, sans manifester d’exagération à caractère chirurgical. L’ambiance de salle est présente, et, de nouveau, l’espace sonore se déploie avec beaucoup d’aisance. L’articulation est évidente sur l’ensemble de la palette instrumentale, y compris dans le grave, qui parvient à afficher tout à la fois beaucoup de légèreté et un effet de présence très réaliste.

L’orchestre Stravinskien se déploie lui aussi avec beaucoup d’ampleur, tant spatiale que fréquentielle. Le Hegel H200 fait finalement preuve d’un pouvoir d’analyse assez poussé, mais savamment dosé de manière à conserver en toutes circonstances une excellente musicalité. Avec les Vienna Acoustic, très transparentes, l’orchestre acquière une profondeur tout à fait exceptionnelle. Mais ce qui ravit l’oreille, c’est la constante délicatesse prodiguée par cet intégré. La version de l’Oiseau de Feu est ici totalement sereine, mais présente un chromatisme et une fraîcheur tonale exemplaires. Sereine, au moins jusqu’à l’éclatement de la Danse Infernale, où l’Hegel donne la preuve indubitable de sa maîtrise de l’extrême grave et de sa capacité dynamique. Même sous un volume sonore important, l’image stéréophonique reste ample et précise en ne présentant pas de crispation majeure.

Conclusion

A défaut d’être ostensiblement tonique ou fulgurante, la restitution proposée par l’intégré Hegel H200 est élégante et racée. Voici en effet une électronique au son fluide et de grande classe, avec laquelle le plaisir de l’écoute est permanent. Excusez cet excès de lyrisme, mais cette électronique semble pure et transparente comme l’eau d’un fjord éclairé par un clair soleil d’été. Les timbres bénéficient en effet d’une constante lumière, très bien dosée, et dont toute tonitruance est exclue. Il faut entendre les cordes vrombir et les cuivres scintiller, avec une justesse tonale exemplaire. La précision est bien répartie sur tout le spectre audio et reste égale quelque soit le niveau : l’écoute à bas niveau avec des enceintes bien équilibrées est très agréable, pour ne pas dire savoureuse. Cette électronique sans stress fait partie de celles avec lesquelles les morceaux durent, sans pour autant que l’on s’ennuie une seule seconde à leur écoute. Un produit pour mélomanes, qui mérite amplement une sincère recommandation.

Spécifications constructeur

- Puissance : 2 x 200 Watts sur 8 Ohms, 2 x 350 Watts sur 4 Ohms
- Réponse en Fréquence : 20 à 20 kHz +/- 0,2 dB
- Réponse en Phase : inférieure à 2 ° de 20 à 20 kHz
- Rapport signal sur bruit : supérieur à 100 dB au niveau maximal
- Diaphonie : supérieure à 100 dB
- Distorsion à 1 kHz et 100W : inférieure à 0,006 %
- Distorsion d’Intermodulation (19 et 20 kHz) : inférieure à 0,01 %
- Facteur d’amortissement : supérieur à 1000
- Dimensions (L x H x P) : 430 x 130 x 380 mm
- Poids : 25 kg

Configuration d'écoute

- Sources : lecteur CD STELLO CDA 320
- Enceintes : TOTEM Staff et VIENNA ACOUSTICS Mozart Grand
- Câblage : MPC Evidence (modulation) et MPC Abyss (enceintes)





lundi 12 novembre 2007

Enceintes EGGLESTON WORKS Isabel


Origine : USA – Prix : 3400 € - Pieds : 1400 € - distribué en France par Sound Arts Network



La marque américaine Eggleston Works fait partie du gotha des constructeurs américains, entrés dans la légende grâce à des produits sans compromis à la finition exemplaire, et dont on retrouve les modèles dans nombre de studios d’enregistrement outre-Atlantique. C’est ainsi que le fleuron de la gamme EW, baptisé Ivy Reference, a été développé en collaboration avec le célébrissime ingénieur du son Bob Ludwig, et équipe désormais son studio de Portland.

Quelques principes fondamentaux président à l’élaboration de tous les modèles de la gamme : utilisation des mêmes transducteurs d’aigu, de grave/medium et de grave sur toutes les enceintes, extrême simplicité des filtres, câblés en l’air avec des composants de très haut niveau (condensateurs Hovland MusiCap, résistances Vishay, selfs à air) et, enfin, mise en œuvre d’ébénisteries complexes et hautement inertes, par ailleurs recouvertes de plaques de granit italien finement poli. La valeur perçue de ce monitor d’entrée de gamme chez Eggleston Works est donc très élevée. Il faut noter par ailleurs que ce modèle a été écouté muni de son support dédié, ce qui transforme au final ce monitor en enceinte colonne relativement trapue (et qui ne se manipule pas entre le pouce et l’index !).

On retrouve donc sur les Isabel un tweeter Esotar à dôme textile d’origine Dynaudio, d’un diamètre d’un pouce. Il est complété vers l’arrière par une chambre d’amortissement apériodique qui présente les caractéristiques d’un baffle infini. Ce tweeter fait l’objet d’une fabrication selon des standards durcis. Le grave/medium d’origine Morel (15 cm) présente un double aimant et une bobine mobile de 7,5 cm de diamètre. Il n’est pas filtré et dispose de son propre volume de charge avec évent de décompression. Le câblage interne est réalisé en liaisons Transparent Audio tandis que les borniers sont des modèles Cardas plaqués Rhodium.


Par construction, les modèles de la gamme Eggleston Works se distinguent par une exceptionnelle tenue en puissance et une très faible distorsion. Par ailleurs, de nombreux critiques ont régulièrement porté aux nues les qualités de transparence de ces enceintes, les comparant avec les meilleures réalisations électrostatiques du marché, sans qu’elles en présentent les inconvénients (fragilité, tenue en puissance discutable).

Les Isabel se complètent d’un voile de protection tendu sur une fine armature en acier qui s’aimante sur la face avant de l’enceinte.

Ecoute

Sans surprise pourrait-on dire, le système Eggleston Works Isabel s’est d’emblée imposé par ses qualités d’extrême précision et de très grande transparence ! L’ensemble du comité de rédaction est aussi spontanément tombé d’accord pour louer la pureté tonale exceptionnelle distillée par ces enceintes. Effectivement, nous sommes ici en présence d’un système à très haute résolution. L’utilisation du tweeter Esotar n’y est pas étrangère. Mais l’inertie des coffrets (on ne peut presque plus parler d’ébénisterie), l’absence totale de son «de boîte» y est sans doute pour beaucoup. En tout cas, ces modèles semblent bien avoir été étudiés dans l’optique du rapprochement maximal de l’auditeur par rapport aux musiciens ! Si elles sont correctement drivées, les EW Isabel tissent autour de l’auditeur une intime bulle de pur plaisir musical. Car haute résolution et superbe musicalité font ici très bon ménage, et c’est la deuxième très bonne nouvelle de cette écoute...

Sur l’album Autumn Leaves de la chanteuse Jacintha, l’impression de présence instrumentale est rien moins qu’exceptionnelle, tout comme la richesse et la fidélité tonale. Voici donc un système résolument orienté vers le réalisme sonore. Pour preuve, la ductilité de la contrebasse, la restitution physique et bruissante des cymbales, la sécheresse des impacts de caisse claire, la véracité toute naturelle du piano. Sans oublier la présence manifeste de la chanteuse elle-même, dont les plus infimes modulations sont transcrites avec énormément de délicatesse. Elle chante ! Sur ce premier exemple, l’extrême précision des Isabel ne nuit aucunement à la musicalité du message.

L’infime verdeur de nos modèles à peine rodés s’est ensuite accommodée à merveille des Concerti pour Hautbois, Basson et Cordes d’Antonio Vivaldi. Ici aussi, la magnificence des timbres était manifeste, que ce soit sur le hautbois, le basson, le clavecin ou les cordes. L’exécution en était très vive, très entraînante, et, en dépit d’une réponse naturellement limitée dans l’extrême grave, le message ne faisait preuve d’aucune maigreur apparente. Bruits de clés et respiration des interprètes étaient savamment dosés pour un effet de présence très réaliste.

Dans notre activité, il est parfois utile de ressortir d’anciennes galettes ! Il en va ainsi de Apple Venus du groupe XTC, qui présente en titre d’ouverture le spectaculaire et lancinant «River of Orchids». Les Isabel permettent de profiter sans la moindre frustration de la complexité du mixage de ce morceau et de son incroyable richesse sonore. Le message est littéralement exposé, décrypté dans toutes ses composantes, avec, ici encore, un irrépressible sens du rythme. Un véritable régal !

Il manque cependant à ces faux monitors l’octave inférieure nécessaire à la reproduction de l’orchestre dans sa pleine grandeur. C’est bien dommage car, du coup, la formation philharmonique est ressentie avec une pointe de frustration. Mais ces enceintes parviennent néanmoins à ouvrir un saisissant panorama sur la scène sonore, avec une focalisation et une stabilité des pupitres de la meilleure veine. L’ambiance de salle et l’étagement des pupitres sont parfaitement retranscrits. Au final, les Eggleston Works Isabel parviennent à remplir l’espace de la pièce d’écoute en se débarrassant virtuellement du mur arrière. Mais, décidemment, les coups de grosse caisse de la «Danse Infernale» de l’Oiseau de Feu sont par trop écourtés. Cela étant, les crêtes musicales ne s’accompagnent d’aucun artefact agressif. Et les différents climats de cette œuvre - alternativement énigmatique («Introduction») ou reposé («Ronde des Princesses», «Berceuse») - transparaissent avec une exceptionnelle acuité.

Conclusion

L’apparence monolithique un peu austère de ces modèles ne doit pas cacher leur véritable capacité à entraîner l’auditeur au cœur même de l’événement musical.

Car dès la prise de contact, ces enceintes à la finition superlative affichent fièrement des qualités spécifiques au matériel de très haut de gamme. Leur exceptionnelle transparence s’exprime fort heureusement avec beaucoup de sensibilité. Nous n’irons cependant pas jusqu’à dire que ces enceintes sont chaleureuses, encore moins rondelettes ! Mais leur extrême précision ne nuit jamais à leur constante musicalité. Il semble donc que les concepteurs de ce système aient atteint un équilibre quasi parfait entre résolution et expressivité.

Il s’agit cependant d’un modèle requérant une amplification de très haut niveau, inconditionnellement stable. C’est évidemment à prendre en compte lors de l’élaboration (et de l’achat !) du système dans son ensemble. Il reste qu’en dépit de leur encombrement non négligeable, les Eggleston Works Isabel échouent à explorer les fondements extrêmes des plus grandes formations. C’est dommage, car cela vient grever quelque peu leur positionnement relatif par rapport à la concurrence. Mais cette écoute donne certainement envie de (re)découvrir les autres modèles de la gamme !

Spécifications constructeur

- Type : enceinte «monitoring» à 2 voies – 2 haut-parleurs
- Principe de charge : bass-reflex (un évent à l’arrière)
- Réponse en fréquence : 60 Hz à 24 kHz (60 Hz à - 3dB)
- Sensibilité : 87 dB à 1 W à 1 m
- Impédance nominale : 8 Ohms (minimum à 6,3 Ohms)
- Puissance nominale recommandée : 80 W
- Dimensions : 240 (L) x 330 (P) x 600 (H) mm
- Poids : 25 kg pièce

Configuration d'écoute

Source : Transport Icos Fado et DAC Tablette
Préamplificateur : ATC
Amplificateur : FM Acoustics
Câblage : HiFi Câble & Compagnie Hathor (modulation) et MaxiTrans (enceintes)