lundi 14 novembre 2011

Salon Haute Fidélité - Novembre 2011


La 9e édition du Salon Haute Fidélité s’est déroulée les 12 et 13 novembre derniers, en l’hôtel Marriott de Paris (14e arrondissement). De belles perspectives d'écoute pour les amateurs, venus en assez grand nombre dès les premières heures du samedi et restés, parfois en famille, jusqu'aux dernières minutes d'ouverture le dimanche soir.

Comme à notre habitude, nous avons poussé les portes d’une sélection de salles d’écoute afin de découvrir les belles surprises que nous réservaient les importateurs ou fabricants de matériels audio. Car même si ce salon reste à taille humaine, et uniquement dédié aux installations purement stéréophoniques, il m’aurait été difficile d’en faire une couverture complète.

L’intérêt pour l’audio haut de gamme se maintient donc, voire se développe, en dépit de la persistance d’une situation économique déplorable. Cela étant, entre visite de salon et prise de commande, il y a un pas que beaucoup hésitent à franchir. Malheureusement, il y a toujours parmi les visiteurs une proportion importante d’incrédules, qui ne viennent semble-t-il que pour se convaincre que cette haute fidélité est décidément beaucoup trop chère !

Leur opinion est justifiée par des résultats parfois décevants obtenus avec certains systèmes très coûteux, que les exposants ont évidemment du installer très vite. Mais pour comprendre l’attitude de ces déçus, il faut aussi noter une tendance à l’inflation des niveaux sonores dans les pièces d'écoute, et ce dès les premières heures du salon. Peut-être cela accélère-t-il le rodage des appareils, mais cela a également pour conséquence d’éloigner ceux dont le tympan est le plus sensible, à un moment où la plupart des installations ne délivrent pas le meilleur d’elles-mêmes. Il est bien sûr tentant de donner dans le spectaculaire lorsque l’on présente des systèmes hifi de haute performance. Mais n’oublions pas qu’un beau système est également fait pour profiter de toutes les subtilités de la musique... de chambre.

Par ailleurs, il est évident que les démonstrations les plus captivantes (et les plus sereines) sont celles effectuées à heures fixes, «à guichet fermé», en alternance avec le stand voisin. Certes, cela impose une discipline. Mais on aménage ainsi des plages horaires dédiées à la discussion avec les représentants des marques, à la déambulation autour de ces merveilles technologiques et… à une certaine forme de repos auditif. Conseil désintéressé de Signal sur bruit à l’attention de tous les exposants : généralisez cette manière de procéder et limitez un peu les niveaux sonores. Et vos visiteurs repartiront encore plus satisfaits qu’ils peuvent l’être aujourd’hui !


Aphrodite's Melody

Dans une très grande salle, l’importateur avait déployé une jolie collection d’enregistreurs Nagra, dans laquelle figuraient quelques petits monstres sacrés de l’audio pro. 




Les platines slovènes Kuzma et les enceintes canadiennes Verity Audio étant désormais assez bien connues en France‚ il fallait ici se pencher sur le cas d'un drôle d'appareil au look délicieusement désuet, mais qui regorge de concepts et de composants d’avant-garde. 


Il s’agit de l’ampli intégré suisse Dartzeel CTH 8550, un objet de luxe qui fait tout ou presque (étage phono MM et MC optionnel, réglage de gain individualisé sur toutes les entrées, potentiomètre de volume opto-couplé, grand afficheur plasma, 2 x 200 W de puissance de sortie) pour un peu moins de 20 000 €, et qui aurait pu décrocher un rôle dans La Planète Interdite. Restitution ample bien qu’un peu sèche dans les premiers moments du salon, mais tendance à plus de souplesse après quelques heures de fonctionnement. En tous cas, voila un intégré capable de driver un très gros système installé dans une très grande salle sans le moindre signe de faiblesse !



A quelques pas de là mais toujours chez le même importateur, on croyait reconnaître la silhouette des regrettés panneaux Apogee. 
Après examen, il s’agissait bien de transducteurs magnétodynamiques plans, mais de marque grecque Analysis
Les quelques premières minutes d’écoute s’avéraient un peu déroutantes, mais ces panneaux révélaient vite la magie dont ils sont capables : forte immersion dans l'évènement musical, profondeur de la scène sans commune mesure avec les quelques 1‚5 m qui les séparaient du mur arrière et très bonne descente dans le grave. 
Curieusement, ces panneaux ne semblaient pas totalement dénués de signature sonore : ils ne poussent tout de même pas la notion de définition absolue aussi loin que leur arrière-cousin américain. Il reste que, par principe, ce type de transducteur est hyper gourmant en courant et que même l’excellent intégré Dartzeel déjà cité n’y suffisait peut être pas tout à fait… En tous cas, une marque de transducteur à suivre !


ZED

A l’occasion de son 50e anniversaire, Kef a donc réalisé l’enceinte Blade (25000 € la paire), véritable ovni acoustique, dont nous parlions dans un récent compte-rendu de salon. La forme si particulière de ces haut-parleurs est rendue possible par l'adoption de la fibre de verre et à son moulage. Chaque enceinte n’abrite pas moins de quatre boomers et un haut parleur médium-aigües coaxial baptisé Uni-Q. Une structure qui s’avère en définitive totalement non résonnante. 

A la modulation du signal, lecteur Esoteric K03, horloges et DAC Antelope. Et pour remuer ces Blade (tout en les maintenant correctement en place !), deux blocs de puissance Pass Labs X 1000.5 de 1000 W en classe AB sont appelés à la rescousse (36000 € la paire), précédés par le nouveau préampli XP30 de la marque, en trois éléments séparés ! Attention, si ces monstres vous intéressent, il conviendra tout d’abord de refaire complètement l’installation électrique de votre domicile et de changer le calibre de votre abonnement…

Car il ne s’agit pas d’un système confidentiel ! Mais même dans une salle bondée à chaque tranche horaire d’écoute, la restitution est tout simplement majestueuse, sans redondance mais avec une totale maîtrise dans le grave, et avec une image à tomber. Un système câblé Stealth qui donnait une impression très proche de la réalité du concert (sur des prises de son bien faites, bien entendu). 



Fusion Acoustic




Un des stands les plus agréables à fréquenter d’un point de vue auditif, et qui présentait une triplette gagnante de marques de prestige : les enceintes Rockport Technologies Alya, le préampli Gryphon Mirage, le magnifique bloc stéréo Colosseum du même constructeur, et le lecteur EMM Labs XDS1

Ces quatre là distillaient une très belle écoute, ample et douce, fluide et précise. Quasiment magique ! D’ailleurs, en parlant de magie, les enceintes Alya partagent des principes de conception communs avec certains modèles d’une marque américaine ultra prestigieuse très en vogue ces dernières années... Elles ont été conçues pour donner le meilleur dans une pièce d’écoute de taille modeste (15 à 30 m2), même si leur prix ne l’est pas tout à fait ! 

Mais ici, dans une salle sensiblement plus grande, ce système de grande classe fonctionnait déjà très bien en début de journée le samedi. Preuve qu’il existe aussi des systèmes pointus capables de donner le maximum ou presque dès l’allumage des feux. 

Avec quelques (très) bons produits de base et du savoir-faire, on compose de savoureuses recettes, la touche finale de saveur étant délivrée par les câbles espagnols Fono Acustica Armonia - qui semblaient à la fois très transparents et délicats (et ont beaucoup fait parler d’eux ces derniers mois).


HDH Audio


A mon entrée sur ce stand un beau système s’exprimait librement, composé d’enceintes Stirling BBC LS3/6 et de blocs mono à tubes II Eighty de chez Quad (7000 € l’unité). Ça chantait et ça swinguait plutôt bien, avec des extraits musicaux du tout venant pas particulièrement typés audiophile. C’est bon signe ! La matière instrumentale était bien là, et la musicalité également. On retrouvait avec ces modèles Stirling tout ce que l’on a l’habitude d’apprécier chez les références anglaises telles que Rogers et Hartbeth, dont beaucoup de modèles furent conçus sur cahier des charges de la BBC.




Puis on élargissait le cadre en passant sur les grands panneaux électrostatiques Quad 2905 (environ 9000 €, selon finition), mais cette fois en association avec l'intégré II Classic Integrated de la marque (4300 €). En source, un lecteur Audiolab intégrant un étage préampli et un ensemble serveur Bel Canto en alternance. 
Le panneau s’avère sec et précis, avec toutefois quelques limitations en dynamique et en niveau absolu dans le grave, en partie dues au choix de l'alimentation avec le petit intégré. Mais la transparence est au rendez-vous, sans être toutefois exacerbée. Avec des morceaux de jazz vocal, on décode sans problème la signature des micros de la plupart des chanteurs. Un grand système intimiste en quelque sorte.


Privatech

Privatech faisait un peu le scoop du salon avec la présentation de l’association Steinway-Lyngdorf (en écoute sur réservation). Une marque depuis peu au portefeuille de l’importateur, à côté des plus traditionnelles enceintes Dali, des électroniques allemandes Audionet et américaines CaryLa démonstration Steinway était bien orchestrée par le responsable Europe de la marque et jouait ostensiblement sur l'aspect novateur et spectaculaire des deux systèmes présentés. 



On commençait par l’étonnant «petit» système de la Série S reposant sur une paire de mini-enceintes collées au mur et d’une paire de caissons de grave rejetés dans les coins de la pièce. 
Système capable d'un niveau impressionnant et de transitoires fulgurants. Malgré le placement contre le mur des satellites et des caissons, le système n’affichait pas de détimbrage flagrant ni de tendance au boursouflement du grave. Il faut préciser que le préampli numérique intègre un système de correction de pièce. En revanche, l’image stéréophonique reste relativement tassée dans le plan des enceintes, ce qui est relativement inévitable compte tenu du principe.
Les amplis sont numériques également et dédiés d’une part à l’alimentation des satellites, d’autre part aux caissons, sans passage dans le domaine analogique. La mise en perspective du volume et du niveau reproduits par rapport à la taille du système laissaient les auditeurs relativement pantois ! A 19000 € l’ensemble, on relativise un petit peu cet exploit. Mais un tel système reste attractif pour ceux qui souhaitent acquérir une installation audio de haute couture qui n’envahisse pas l’espace vital.

On passait ensuite au très gros Système D (on sourit), au cahier des charges subjectif jusqu’auboutiste : être capable de reproduire un piano Steinway Grand D et un orchestre au grand complet dans pratiquement n'importe quelle salle. 


Pari gagné semble-t-il ! Les enceintes du système D sont en fait des dipôles actifs numériques à deux voies d’amplification (de 400 W chacune). La borne préampli/lecteur intègre bien sûr un système sophistiqué de correction acoustique de pièce. Sa mise en œuvre repose sur une cartographie précise de la salle d’écoute dans une première phase de calibration, à l’installation du système.

La démonstration était menée avec des extraits mettant bien en évidence les qualités du système, mais en nombre assez limité. On commençait par l’orchestre du Danemark avec un extrait de concerto pour piano, on passait par Aaron Neville et on terminait par un extrait de The Wall, toujours très à la mode dans les salons. Cette configuration full range parfaitement équilibrée s’avèrait complètement à l'aise sur le programme classique et peut être un iota moins extraordinaire dans le registre pop... Un système full range remarquable, prodiguant une musicalité de très haut niveau pour la somme rondelette de 160 000 €.




BC Diffusion


En attendant de redonner un second souffle à la carrière des enceintes BC Acoustique (courant 2012), l’importateur présentait en statique une multitude de nouveaux produits dans des gammes de prix très attractives : les électroniques allemandes Block à la finition incroyable pour le prix (image ci-contre), les enceintes anglaises compactes Q Acoustics, les multiples sources et amplis TEAC.




En démonstration, le lecteur CD/SACD TEAC CD 2000 et l’ampli intégré AI 2000 alimentant les enceintes Q Acoustics 2050. Peut être le système le plus abordable du salon, mais pas en reste du point de vue de la musicalité.


IHT

Chez IHT, on faisait alterner deux écoutes. Tout d’abord, les petits monitors Dynaudio Focus 160 démontraient une réponse impressionnante dans le grave. L’ampleur subjective et la musicalité de ce petit système - alimenté par une source et un intégré Music Hall de modeste ramage - laissaient incrédule le plus blasé des audiophiles. Ces performances restaient de plus très constantes même en dehors de l’axe médian. Si l’on ajoute que cet ensemble ne coûte pas plus de 4000 €, nous n'étions ici pas loin du miracle. Sans doute le meilleur petit système du salon !




On passait ensuite un moment exceptionnel en compagnie d’une combinaison électroacoustique 100 % nordique, dans une pièce où, notons-le, les niveaux d'écoute restaient toujours raisonnables. Il s’agissait d’un système composé des enceintes Dynaudio Confidence C4 Mk2, du préampli Siltech C1, des lecteur CD EMC-1 et blocs de puissance Nemo d’Electrocompaniet. Câblage 100 % Siltech comme il se devait.


Un système full range magistral capable de beaucoup de swing, ceci notamment grâce à une source extrêmement chantante et détaillée : le «petit» lecteur Electrocompaniet à 5000 €. Ce dont on se rendait compte à l’évidence sur les voix de Shirley Horn ou de Louis Armstrong, qui reprenait à juste titre «It don’t mean a thing if it ain’t got that swing…».


Et l’on redécouvrait littéralement «We get requests» d’Oscar Peterson, comme s'il avait été enregistré hier et que l’on réécoutait le master en cabine avec l’ingé son. 


Et pour ce qui est du prix du système, il s'agissait presque d’une affaire : 100000 € en tout – mais dont 33000 pour le seul préampli ! 


Ce Siltech C1 est considéré par certains critiques comme l’un des meilleurs préamplis au monde. Il a été conçu par un surdoué de l'électronique, qui n'hésite pas à marier les tubes et une alimentation sur batteries. Des blocs de puissance monophoniques hybrides tubes transistors (en 2 châssis séparés) sont en préparation chez Siltech… aïe, aïe, aïe ! 




Tecsart

Il règne souvent un très joli capharnaüm sur le stand de cet importateur, toujours bourré de matériel. Cette édition ne faisait pas exception à la règle ! Mais à y regarder de plus près, deux systèmes étaient à l’écoute, avec quelques variations possibles.

D’un côté, le lecteur Lector CDP 7 avec étage de sortie tubes et alimentation séparée, un ampli intégré italien Mastersound 845 utilisant les tubes éponymes, et une paire d’enceintes monitor suisses  Heil AMT Aulos faisaient très bon ménage. Au menu, nous avions droit à l’acidité réaliste mais contrôlée de la trompette, la rondeur naturelle de la contrebasse, la luminosité délicate du piano. Tout y était (ou presque) pour environ 10000 €.




Après une rotation de 90° vers la gauche, on découvrait un système plus massif composé tout d’abord d’une platine vinyle EAT E-Flat au surprenant bras plat en fibre de carbone équipé de la cellule Yosegi (5 000 € le tout). Nous avions parlé de cette marque tchèque à son arrivée en France il y a deux ans. 


Côte électronique des références italiennes Audia Flight étaient bien entendu présentes : le lecteur CD One M déjà bien connu, le préampli Phono, et surtout les nouveaux préampli Strumento n°1 (12 000 €) et bloc stéréo Strumento n°4 (18 000 €). Leurs caractéristiques techniques sont proprement sidérantes. 


Ces électroniques mettaient en mouvement les robustes enceintes Fisher & Fischer SN 510 (9800 €) dont l’ébénisterie est en... ardoise naturelle. Du gros son très rapide. Il faut aimer les sensations fortes car les niveaux d’écoute, qu’encaissaient imperturbablement les enceintes allemandes, étaient ici assez élevés. Il faut reconnaître qu’il s’agissait d’une certaine forme d’absolu, mais pas forcément destiné aux âmes les plus sensibles…


Jazzy Bird

Enfin, à défaut de pouvoir s’offrir les systèmes les plus coûteux présentés ici, on pouvait toujours repartir du salon avec quelques galettes d’exception, telles que cette édition en deux 45 tr du séminal «Out of the cool» de Gil Evans, que l’importateur Jazzy Bird distribue activement en France pour le plus grand bonheur des collectionneurs de belles gravures…


Et donc, rendez-vous l’année prochaine pour les vingt ans du magazine Haute Fidélité et les dix ans de ce salon d’exception !


mercredi 5 octobre 2011

Salon Hi-fi Home Cinema - Octobre 2011




Premier événement majeur de cette rentrée encore très estivale pour les amateurs de musiques et d’images, le Salon Hi-Fi Home Cinéma de la SPAT s’est tenu les 1er et 2 octobre derniers. Cette manifestation mettait cette année l’accent sur une rubrique complémentaire : Technologies d’intérieur... et s'enrichissait d'un ensemble de conférences portant principalement sur les techniques d'intégration audio et vidéo. Un thème brûlant en ce chaud début octobre 2011, et des sessions très intéressantes, selon un revendeur croisé à l'issue du salon, venu puiser les informations qu’il est désormais nécessaire de connaître face au client exigeant. 

Car la décennie à venir sera d’abord celle de la dématérialisation totale des sources audio et vidéo, et qui s’avère heureusement de plus en plus qualitative. En parallèle, l’amateur de haute fidélité et/ou de home cinéma, qui s’est largement sociabilisé et ne vit plus sa passion en homme des cavernes, ne souhaite plus multiplier appareils, supports, câbles et enceintes envahissantes… 

Enfin, pour faire court, homo modernicus veut pouvoir tout télécommander de son environnement domestique avec son i-phone ou sa tablette... Il est donc grand temps que le vieux continent s’ouvre à des technologies déjà bien rôdées outre-atlantique par exemple.

Pour en revenir au salon en lui-même, on oscille toujours dans cette très large manifestation entre des démonstrations quelque peu tonitruantes et des séances d'écoutes plus recueillies, les secondes pouvant malheureusement être un peu polluées par les premières. Cela étant, si l’on se souvient avec émotion des toutes premières éditions du Festival du son de la fin des années 70, il faut admettre qu'elles se déroulaient pour la plupart d’entre elles dans la plus grande cacophonie de l’immense salle du Palais des Congrès de l’époque. Encore fallait-il traverser la rue pour se rendre dans les salons de l’Hôtel Méridien et profiter d’écoutes en chambre de matériel haut de gamme (du moins certaines années).

Ici, au Pullman Paris Rive Gauche de la Porte Balard, les plus grands acteurs de l’industrie électronique/acoustique, bien installés dans leurs immenses stands climatisés, ont pour voisins de curieux artisans un peu à l’étroit dans de petites pièces regorgeant d’appareils biscornus et gros générateurs de calories. Car, tant mieux pour nous, il existe encore une haute-fidélité « à l’ancienne » qui s’écoute et se contemple (même lorsqu’elle n’offre pas l’image !). Et c’est bien l’un des atouts de cette manifestation que d’offrir toutes ces perspectives en une fois, sous un même toit.

Parce qu’il me fallait malheureusement faire court cette fois-ci (et aussi que j’aime bien être à contre-courant !) ma visite s'est orientée d'elle même hors des sentiers battus, vers la découverte de quelques nouvelles marques - ou du moins de marques nouvellement importées en France - et d’autres qui restent encore quelque peu confidentielles. Et dont les produits ou systèmes ne reflètent que peu le concept d'intégration multimédia globale !

En dehors du mainstream, il faut en effet continuer d’explorer quelques niches, et notamment celle de la douillette stéréo nourrie des bonnes gravures de papa (papy ?), toujours d’actualité...

° ° °

Pour démarrer donc, coup de flash sur les DAC bulgares Antelope Audio, une société spécialisée depuis une quinzaine d’année dans la fabrication d’horloges de studio (peut être parce que la Bulgarie jouit, outre les grands faunes et la savane, d'importants gisements de Rubidium ?).

Les 3 modèles de convertisseurs Zodiac (1600 €), Zodiac + (2200) et Zodiac Gold (3000) présentent des entrées numériques spdif, toslink et bien entendu high speed USB, indispensable aujourd’hui. Mais ils incorporent également un étage préampli à contrôle analogique de gain, deux sorties casque dotées de très bons amplificateurs et peuvent recevoir une alimentation optionnelle Voltikus (700 €). Pour l’amateur de musique dématérialisée qui télécharge, utilise son lecteur CD en tant que transport et écoute peut être également un tuner (analogique), c’est parfaitement adapté.

 Le Zodiac Gold traite et rééchantillonne les flux à 384 kHz, tout en en effectuant un travail poussé de resynchronisation. 


Ce plus gros modèle était écouté ici successivement avec un transport CD ou ordinateur, dans un système constitué d’un ampli de puissance Bryston et qui faisait alterner les fines colonnes PMC GB1 (1800 €, absentes sur l’image ci-dessous), les plus imposantes OB1 (4800 €, à droite) et les majestueuses MB 2  (14000 €, à gauche). 


Chacune, dans sa catégorie respective, est un véritable «bargain»(*) comme diraient les anglais, et pas seulement ceux qui les conçoivent. Droiture, souplesse, clarté tonale et surtout spatialisation avantageuse sont au rendez-vous avec ces références professionnelles, qui font aussi beaucoup de bien à l’oreille de l’amateur averti.

Dynamique, naturel, clarté, tension et fluidité, beaucoup de qualités musicales étaient au rendez-vous dans une restitution excluant tout caractère électronique, y compris sur de difficiles partitions médiévales vieillies exclusivement en fût de chêne... Le résultat était plutôt vert, certes, mais sans aucune agressivité même à fort volume.

(*) Affaire en or




° ° °

Canor, marque slovaque pour l’instant relativement inconnue en France, propose de très beaux appareils à tubes, musicaux et assez abordables. 


On écoutait une très belle suite d'électroniques – lecteur CD2 VR+ (3190 €), ampli intégré TP 106 VR+ (3950 €) - sur les enceintes Neilos (7000 €) de Pascal Louvet, toujours très en forme, et qui n'hésitait pas à enlever le haut et le bas (je veux parler des caches haut-parleur, afin de montrer aux curieux de quoi ses enceintes sont faites).

Beaucoup de plénitude sonore, notamment sur du 33 tr lu grâce au très souple pré-préampli phono TP 300 VR de la gamme. 


Le tout était logé au creux d’une très belle architecture d’intérieur réalisée pour Sonneclair par Jean-Bernard Pouillard, également importateur des électroniques.

Un tuyau en forme de calembour : essayez d’acheter vos tubes chez Canor, car ces gens-là sont des cadors en matière de test de composants… Ci-contre leur interprétation du voltmètre de poche.




° ° °

Dans la série «nous sommes toutes petites mais nous faisons de la musique comme les grandes», il ne fallait bien sûr pas rater les minuscules enceintes  B&W PM 1, dans une configuration pilotée par de roboratives électroniques Classé Audio.


Une démonstration qui manquait un peu d’enthousiasme, mais qui laissait néanmoins pressentir un potentiel inouï pour ces mini-monitors.

Ni, à quelques encablures de là, passer à côté des Leedh C, au concept révolutionnaire (voir l’entretien que nous avions réalisé il y a quelques mois avec Gilles Milot, leur concepteur) et à l’image inversement proportionnelle à la taille.



° ° ° 


Avec la platine Riffaud Héritage (120 kg toute sèche mais bien huilée) et son bras propriétaire simplement équipé d'une cellule Denon DL103, Yves Montand à l’Olympia (disque enregistré en 1981) forçait le respect des auditeurs. 


Tout comme les étonnantes et très fines colonnes Tosca Aria 5 (ligne acoustique descendant jusqu’à 65 Hz), néanmoins soutenues par un beau caisson dont l'ampli est rejeté à l'extérieur de l’ébénisterie. 


Ces enceintes qui s'effacent bien devant la musique - mais peut être un peu moins dans le budget ménager puisqu'il faudra tout de même compter 13600 € dans cette configuration triphonique – étaient ici drivées par une électronique intégrée Tosca AT 5 (7950 €) utilisant la  fameuse lampe 300 B, délivrant seulement 10 W sur charge résistive. Cher le Watt me direz-vous ? On a vu pire, et de plus cela suffit parfaitement lorsque le transducteur est de qualité et à haut rendement ! 


Comme à l’habitude chez Point Musiques, la marque française Métronome Technologie était présente avec le lecteur CD TA 3 (7500 €) et son convertisseur séparé CA 3 (7500 € également) qui complétaient la liste des sources. 


Largeur et profondeur de la scène étaient au rendez-vous, sans oublier une bonne notion d'impact sur les percussions, et des voix que l'on pouvait parfois croire définies par un hp médium de technologie spatiale, alors qu’il s’agit de «simples» transducteurs large bande… 


Un système qui s'écoute sensuellement, aussi bien à faible qu'à fort volume...


° ° °

Aux antipodes de la mezzanine, c’est à dire au 21e étage, autre scoop du salon : plus de céramique chez Kharma (!), mais l’enceinte DB 9 (27000 €) et sa petite sœur la DB 7, de la nouvelle série Elégance, embarquent des haut parleurs propriétaires en carbone et un tweeter Berylium.


Une configuration ultime, drivée par les électroniques Ayre et une source Soulution CD/SACD de la série 5 (modèle 540).

Ultra-définition et matières soyeuses étaient bien au rendez-vous. L’oreille pouvait se promener dans chaque morceau reproduit avec une aisance déconcertante. On entendait tout ! 


Certes, c'est de la Haute Fidélité de très grande classe avec coffrets usinés dans la masse et enceintes laquées à la finition superlative, mais cela fait aussi beaucoup de musique et prodigue des sonorités d’une ductilité absolument incroyable. 


Juste à côté, Sound & Colours avait installé un autre système, électroniques Soulution + nouvelles enceintes Magico, dont nous reparlerons sans doute...








° ° °

Les imposantes Kef modèle Blade marquent le 50 ème anniversaire de la marque : un nouveau fleuron futuriste, ici boosté par une batterie d’électroniques Mac Intosh.


Son évidemment très enveloppé, spectaculaire et pouvait-on constater, pléthorique (c'est à dire, il faut bien le reconnaître, avec de nombreuses résonances de salle dans le grave).


Démo plus quantitative que qualitative donc, avec cependant une absence bienvenue d'agressivité. Soulignons que ce n’est pas toujours le cas dans les salles d’écoute où l’on veut jouer à tout prix la carte «gros système = gros volume» et où le haut-medium/aigu vrille parfois les tympans.


Mais il conviendrait plutôt d'évoquer ici la sonorisation de haut de niveau plutôt que l’audiophilie respectueuse des finesses musicales. Cela dit, la formule high tech très lookée des Blade fait son effet et doit pouvoir s’épanouir différemment dans une installation peaufinée.




En tout cas, une salle qui ne désemplissait pas pendant les créneaux d’écoute, preuve que les (peut-être) derniers très beaux jours de l’année en région parisienne n’étaient pas parvenus à détourner les amateurs de leur passion pour la technique !






lundi 3 octobre 2011

Tm + concert de présentation de saison - Samedi 1er octobre



Toujours à la tête de l’ensemble tm+, en résidence permanente à la Maison de la musique de Nanterre, Laurent Cuniot proposait samedi dernier le traditionnel concert de présentation de saison. Une initiative qui lui permet notamment d’expliciter ses choix programmatiques et d’apporter un éclairage sur les temps forts de la saison.

Exercice mené pour partie en duo avec Dominique Laulané (ici à gauche), directeur artistique de l’institution nanterrienne, tant les liens sont grands cette années entre le programme de la maison et les dates de tm+, qui se développent autour de quelques dates charnières.

Mais il est remarquable qu’il y ait toujours une sorte de vertu didactique à un concert de tm+, car ni les œuvres ni les compositeurs n'y sont jamais choisis au hasard. Laurent Cuniot a systématiquement à cœur d’amener le public au concert et de solliciter sa sensibilité. En présentant des œuvres majeures des répertoires contemporain et pré-contemporain, en mettant les courants musicaux en perspective, en prolongeant le travail de collaboration fine et fidèle avec les compositeurs d’aujourd’hui. Et d’ailleurs, cette année encore, beaucoup de compositeurs amis et dont les œuvres sont régulièrement créées par tm+ étaient présents à ce concert d'introduction.

Le 20e siècle constitue l’apogée de l’exploration de la matière sonore par des compositeurs qui se sont montrés de plus en plus aventureux. À l'instar de ce qui advenait dans les autres domaines artistiques, les créateurs délaissaient progressivement le sujet classique pour lui préférer le travail des matières sonores et des couleurs tonales. C’est ainsi que le timbre, qui constitue en lui-même un territoire d’expérimentations ouvert dès le XIXe siècle par les compositeurs français et ceux de l’école de Vienne, sera l’enjeu en janvier prochain d’un double concert baptisé Instants polychromes, précédé d’une conférence donnée par L.Cuniot lui-même.



On retrouvera aussi dans cette programmation 2011-2012 la reprise de l’Histoire du soldat d’Igor Stravinski, dans la superbe mise en scène de Jean-Christophe Saïs (le 8 octobre au 104, puis à Metz en janvier, et enfin à l’Athénée/Louis Jouvet de Paris en juin prochain), que nous avions découvert la saison dernière.

Le concert de Force de frappe du 26 novembre associera les figures séminales de Bartok et Ligeti au britannique Simon Holt (peu connu en France mais très respecté outre-Manche) et à l’allemand York Höller. Ce programme percussif sera un prélude à la soirée chorégraphique exceptionnelle consacrée à Anne Theresa De Keersmaeker par la Maison de la musique.


Mais tm+ se déplace également, que ce soit au 104 (samedi 9 octobre), dans le jardin Albert Kahn de Boulogne-Billancourt (samedi 15 et 29 octobre), au domaine de Sceaux (samedi 3 décembre), à l’Opéra-Théâtre de Metz (en janvier) ou encore à l’Abbaye de Bourgueuil (en juillet). Quand au concert A cors et à cris du 9 février, il se déroulera rien moins qu’à l’Espace de projection de l’Ircam et proposera des créations mondiales d’œuvres de Florence Baschet et de Gilbert Amy.

Tm+ s’associe également au Concerts de paliers à Nanterre (cette initiative très originale commence à être relayée par la radio et la télévision), où des musiciens investissent la cage d’escalier d’un immeuble pour amener la musique au plus près du public.

Ce samedi, en un beau préambule richement illustré, nous écoutions tour à tour les Contrastes de Bartok, Cloches à travers les feuilles de Debussy et son écho Feuilles à travers les cloches composé par Tristan Murail en 1998 et pour finir, Shékéré de Javier Alvarez. Nous y retrouvions le percussionniste virtuose Florent Jodelet, dans un étrange corps à corps acrobatique avec le shékéré, cet instrument sud-américain peu connu en Europe, accompagné des ses propres échos…













Une manière de rappeler que le thème du geste est aussi un des dénominateurs communs du programme de cette saison…