dimanche 5 juillet 2009

Dimanche 5 juillet - Enghien Jazz Festival - Grande salle du casino - 2e partie


Le journal du In



Roy Hargrove & RH Factor - MC Solaar
Roy Hargrove serait-il une sorte de Prince du jazz ? (Le Prince de Minneapolis)

Une figure princière ? Un trublion plutôt, voire fou du roi, avancent nombre de ses admirateurs… Oui certes.

Mais regardez le bien… Il y a quand même une petite ressemblance physique entre notre trompettiste quadragénaire et l’apôtre funk de Minneapolis : la (petite) taille tout d’abord, et un certain goût pour l’originalité vestimentaire (sans doute pas autant poussée chez Hargrove, mais tout de même).

Il y a aussi une parenté musicale indéniable, et dans les deux cas la grosse mécanique made in the US qui les accompagne au concert est du type gros V12 au couple monstrueux, aux reprises étourdissantes, au son bien cuivré (l’échappement est confié à des pots de gros calibre !).


Sous ses allures de petit garçon presque bien mis (costume clair uni et baskets blanches) mais dissipé, un sens inouï du groove se tapit. La série de morceaux exécutés pour commencer le set le prouve à l'envi.
Rap et jazz serait-ils des frères ennemis ? Ce sont sans doute de vrais frères s’ignorant malgré leurs ressemblances. Le lascar MC Solaar apparaît pour quelques titres. Il recycle aisément quelques uns de ses premiers tubes, dont «Qui sème le vent, récolte le tempo». Une très bonne idée, qui fonctionne. Mais son passage sur scène n'est finalement que de courte durée, et notre laarSo l'asticot ne tente pas de ravir la vedette à son hôte.


Roy réapparaît en Ray. En Ray Charles cannois, costume à fines rayures, nœud pap (ou rap en l'espèce ?) et grosses lunettes noires. Ah, il n'est pas forcement trop souriant, l'ami Roy, mais au moins il aura payé de sa personne du point de vue de la sape ! Il mime un peu The Genius, sautille de droite et gauche, occupe le devant de la scène, recule, s’avance encore. Pour mieux se retirer tout à fait lorsque ses musiciens prennent des solo, ou que sa fine et belle chanteuse - toute droit sortie d’un documentaire d’époque sur la Motown - délaisse son Hammond pour pousser la note sur les titres un peu plus calmes.

Soyons clairs : le répertoire de Roy Hargrove n'est pas de toute première originalité. Les morceaux projetés appartiennent tous au corps constitué des hymnes de la constellation soul/funk/gospel/r’n’b. Mais c'est le phénomène, la qualité de la formation‚ le son, l'énergie dégagée, qui forcent le respect et font du concert un moment intensément festif.
Aaaah… C’est vers la fin du concert que Roy nous décoche un beau sourire, dis « Je vous aime » en regardant le public, tandis que le groupe enchaîne les deux derniers et furieux morceaux !
Il n'en faut pas plus à la salle entière pour se lever quasiment d’un bloc et danser.
C’est ça, ce que l’on appelle le « facteur RH ».


Épilogue
Et voila ! Nous sommes à la fin de ce voyage de 6 jours en territoire musical, riche en temps forts. Avec un immense plaisir, on se retrouve en effet, année après année, à quelques 30 mn de Paris (quand ça roule !) pour suivre ce festival de haut niveau.
Tout comme la programmation et l’organisation, le cadre est idéal, entre lac, casino, Jardin des roses et petit centre-ville animé de ville thermale.
On vient donc à l’EJF comme on part en vacances, mais sans valise à transporter.
Tentons une dernière audace en forme de petit oxymore :
En 2009, comme à l’habitude, le programme était tout simplement exceptionnel !
Et il le sera sans nul doute encore l’année prochaine… Vous verrez bien, car vous y serez aussi.
De très chaleureux remerciements à Blandine Harmelin, à Armelle Collomp, et à tous les membres de l'équipe que nous avons croisés !


Crédits photographiques pour l'article :
Francis Barrier (couleur) et Christian Izorce (noir & blanc)
Tous droits de reproduction réservés


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Dimanche 5 juillet - Enghien Jazz Festival - Grande salle du casino - 1re partie


Le Journal du In


Laïka

Il y a des rencontres qui marquent. Des entrées en scènes qui annoncent un moment fort. Des premières vocalises qui étourdissent l'auditeur…
Choisissant la figure de Billie Holliday comme fil conducteur de son set (et de son récent deuxième album, Misery), Laïka impose immédiatement sa présence grâce à une voix parfaitement posée, et qui possède la substance et l’épaisseur de celles des grandes chanteuses - qu’elle se plaît à célébrer. Elle fait aussi, avec «Throw It Away», la reprise d'une chanson immortalisée par une autre grande dame : Abbey Lincoln.

Tout, dans sa gestuelle, dans les expressions lisibles sur son visage, dans ses inflexions vocales, montre qu’elle est totalement impliquée dans son art, qu’elle s’approprie parfaitement et avec ferveur ces répertoires aux thèmes simples mais indémodables. L’émotion que montre Laika est palpable. Sa voix empreinte de gravité fait un beau contraste avec les tessitures plus légères - voire un peu acidulées - que l’on rencontre très souvent ces dernières années dans le jazz vocal féminin.

Les reprises s'enchaînent : «Lady's back in town», «I must have that man»,«You turned the tables on me», «Lover, come back to me», qu'elle rebaptise pour la circonstance «Mother, come back to me».
Avec ce titre, nous tenons une très belle version habitée, tendue, appuyée sur une ligne de contrebasse dramatique et un patient travail de tissage tout en demi-teintes du batteur.


Pour Laika, il ne s’agit donc pas d’imiter mais bien de donner à chaque morceau une nouvelle vraie interprétation.




On ne sait finalement si Laika a tout simplement le sens de la théâtralité (il est vrai qu’elle est comédiennne également) ou si le ton un peu grave de ses interventions entre morceaux est plutôt dû à… une certaine timidité ? Toujours est-il qu’il n’y a aucune approximation dans sa prestation, impeccable du début à la fin.



Mais ce trop court set se termine déjà. Roy Hargrove rejoint Laika pour le dernier morceau.
Oui, Laika est déjà une dame du jazz, et cela n’échappe pas aux artistes de réputation mondiale. Il est juste dommage qu’elle ne soit pas plus connue encore !

Si on peut faire quelque chose…


Crédits photographiques pour l'article :

Francis Barrier (couleur) et Christian Izorce (noir & blanc)
Tous droits de reproduction réservés


Vendredi 3 juillet - Enghien Jazz Festival - Grande salle du casino - 2e partie


Le Journal du In



Avishaï Cohen + Aurora


Plébiscité par la critique, recruté par tous les ténors de la scène jazz, le contrebassiste Avishaï Cohen est entré avec son dernier disque dans une nouvelle phase de sa carrière. Il n’a (heureusement) pas raccroché son instrument, mais s’est en outre mis au chant.

Il chante son pays, il chante Israël.

Il est ici accompagné de sa nouvelle formation Aurora, au profil très ethnic band : une chanteuse, un pianiste, un joueur de percussions ethniques et un joueur d’oud.

Cela fait quelques temps maintenant que le jazz lorgne vers l’orient et se mâtine de folklore. On pense évidemment entre autres formations ou artistes à Hadouk Trio, Rabih Abou Khalil. On retrouve effectivement une certaine filiation entre musiques traditionnelles - de transmission orale, et qui font souvent la part belle à l'improvisation - et le jazz, dont on connait l’origine «populaire et rurale», mais qui a pu évoluer au cours des décennies vers une musique savante considérée (à tort !) comme élitiste.

Chez Cohen, la construction des compositions est propice aux longs développements mélodiques et harmoniques, avec un esprit plus ostensiblement festif que chez Manoukian. Mais on y décèle aussi une forme d'intensité, d'urgence presque. Les morceaux chantés le sont pour la plupart en hébreux et sont basés sur des airs traditionnels. Mais inspiration folklorique et attachement ethnique ne sont pas synonymes de répertoire convenu. Certains passages des morceaux qu’Aurora interprète ce soir ont une forte saveur de progressive jazz et feraient presque penser pour la sophistication des développements à des groupes tels que Gong ou Magma.


D’autres titres sont martelés avec un groove insensé, comme celui où même le public est invité à prendre ses solos d’applaudissements et de cris joyeux. Qu’il soit «devenu» chanteur est une chose, mais Avishaï le contrebassiste n’a rien perdu de sa virtuosité et de sa frénésie : il faut voir comment il gifle son instrument !Et entendre ce qu’il en tire comme motifs à la fois rythmiques et mélodiques !


Mais tout le personnel est à la hauteur, que ce soit le «luthiste» Amos Hoffmann, le pianiste Shai Maestro ou le jeune percussionniste Itamar Doari, qui vers la fin du concert se lance avec son attirail bien spécifique et finalement assez réduit dans un solo au chromatisme étonnant et spectaculaire. C’est évidemment un triomphe !
















Le dernier morceau est une très belle chanson espagnole «Alfonsina vestida de mar» interprétée en solo par Avishaï et dédiée, tiens, à Michael Jackson (!)pour «l'universalité» de son répertoire ...

Encore un (double) rappel : «Shalom Alechem», que toute la salle reprend en cœur. Il est juste minuit, et pour un peu on se souhaiterait tous une bonne année !



Crédits photographiques pour l'article :
Francis Barrier (couleur) et Christian Izorce (noir & blanc)
Tous droits de reproduction réservés