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jeudi 16 juillet 2009

L'été du Quatuor Danel...


... sera studieux !



Pas de répit pour Marc Danel (premier violon), Guy Danel (violoncelle), Gilles Millet (second violon) et Vlad Bogdanas (alto), les infatigables membres du Quatuor Danel (ici dans le sens horaire, Marc en haut à gauche). Ces derniers enchaîneront en effet leur actuelle tournée en Finlande avec le Festival de l'Abbaye du Pin, qui se tiendra du 1er au 7 août à quelques kilomètres de Poitiers.

En Finlande, les Danel se seront concentrés sur des monuments majeurs de leur répertoire (et du répertoire classique tout court) : les quatuors à cordes de Beethoven et de Schostakovitch.
A l'Abbaye du Pin, il éclateront la forme et oseront des mélanges plus hardis, en associant par exemple les noms de Bartok, Messiaen, Ligeti, Scelsi, Kurtag et Mantovani à celui de Beethoven, et en invitant quelques musiciens amis pour les oeuvres qui le nécessitent.

Les concerts de 18 h 00 et de 21 h 00 de cette programmation seront précédés par des interventions de l'inimitable Peter Swinnen - compositeur en résidence et ami des Danel - qui en fera l'introduction détaillée.

L'équipe de musiciens présents aura fait précéder - et poursuivra - cette série de concerts par les Master Classes de l'Aram, où musiciens amateurs et expérimentés se retrouveront pour parfaire la pratique de leur instrument, toujours dans le cadre enchanteur de cette même Abbaye (du 25 juillet au 8 août et du 16 au 23 août).
En marge de ces stages, l'Aram organise également Concerts en nos villages, du 18 au 30 juillet puis du 9 au 16 août. Chaque soir, une église d'un village différent reçoit les musiciens pour un concert de musique de chambre. Malgré la confidentialité de ces lieux, il est étonnant de constater à quel point cette manifestation est connue et appréciée des amateurs, qui se déplacent nombreux.

Nos quatre performers s'envoleront ensuite pour le Japon, où ils joueront du 28 août au 2 septembre, entremêlant allègrement Mozart, Webern, Haydn, Berg, et d'autres...

Nous leur souhaitons donc tout simplement... bon courage !


Crédits photographiques pour l'article :
Derek Trillo
Tous droits de reproduction réservés




vendredi 14 novembre 2008

StreicherKreis de Florence Baschet - La répétition


Mercredi 12 novembre, 10 h 00, Ircam, Salle de Projection



Préalablement au concert, nous avions retrouvé le Quatuor Danel en répétition de StreicherKreis, sous la direction de Florence Baschet. Un travail de haute précision, émaillé des consignes très claires données par la compositrice tant aux musiciens qu’au tandem Serge Lemouton (ici à droite avec F. Baschet) – Maxime Le Saux, respectivement responsable de l’informatique musicale et ingénieur du son associés à l’œuvre.

Première difficulté : dans l’immense salle vide, le quatuor acoustique sonne presque «léger», en tout cas sensiblement détimbré par rapport à une performance en public. Les Danel travaillent d’abord quelques sections difficiles de l’œuvre, qui sont explorées à fond : l'analyse est pratiquement menée note par note pour certaines mesures. Le suiveur de geste est en action. De temps en temps, il faut revoir la fixation d'un capteur au poignet des interprètes car leurs gestes sont amples et rapides – et le seront sans doute davantage le soir du concert.

Enchaînement sur un passage incroyablement tendu et chahuté, puis retour au bruissement de silence – les notes s’étirent en longues et fines tensions dramatiques. Les frottements passés à la loupe de l’amplification font surgir des spectres analysés et exposés dans leur grain le plus fin.
On poursuit : long filage sur un passage où les cordes sont tout juste frottées, et où leurs bruissements sont magnifiés par le dispositif électroacoustique. Depuis le milieu de la salle, Florence Baschet commande d'un pupitre le mixage des effets, leur dosage quantitatif par rapport à l’exécution en cours. Elle occupera d’ailleurs ce même poste lors du concert. L’ingénieur du son est fréquemment invité à quitter sa console pour se mettre à la place de la compositrice.

Un premier filage complet de l’œuvre donne 27 mn 15 s, un peu plus longtemps que prévu. C'est la pause, bienvenue pour les musiciens, mais pas la récréation ! La compositrice a rejoint les musiciens sur scène. Ils recherchent ensemble le meilleur équilibre pour le quatuor. Pour Florence, l'alto de Vlad Bogdanas semble en retrait, alors que le musicien a l’impression de donner le maximum !

Chaque passage est réexaminé à la loupe : extrêmement précis, les musiciens se souviennent parfaitement des quelques moments de flottement ou de désynchronisation survenus lors de cette répétition. Guy Danel, le violoncelliste, fait part d'un doute : un point d'orgue entre un passage très animé et la section suivante, plus recueillie, lui pose problème. Il faudra le renégocier. Guy se propose de n’intervenir ici qu’en réponse à l’écho de l'électronique afin que le geste soit plus musical.
Nous parlons maintenant de tempo. La question cruciale de la battue est abordée. Ici, le quatuor Danel fait valoir sa vision particulière de la synchronisation : plutôt que d'annoter la partition au préalable, les musiciens préfèrent tout d'abord se caler entre eux à l'oreille, et ne définir une gestuelle de battue que lors des toutes dernières répétitions. Dans cette pièce complexe, ce rôle de direction sera d'ailleurs dévolu à tour de rôle à chaque exécutant. On intégrera donc la battue au prochain filage.

Mais l'ingénieur du son signale un accrochage larsen lors des passages pp et ppp ! Dans une section où la granularité des pianissimi est exacerbée par le dispositif électroacoustique, le niveau émis par les haut-parleurs est repris par les micros de prise. Faut-il jouer moins fort ? On décide que non, Florence tenant au contraire à ce que les musiciens se laissent aller. A la technique de garder le contrôle sur la diffusion !

Nouveau filage, en acoustique, de la section E… Cette fois, le quatuor est bien en place ! On rajoute maintenant le dispositif électro : des réverbérations apparaissent, ainsi que l’extension du corps du violoncelle. Mais une nouvelle pause s’avère nécessaire : quelques minutes sont accordées aux musiciens pour qu’ils définissent entre eux les battues de la section G.
F G H sont ensuite enchaînés, avec la battue et la mise en œuvre des capteurs. Attention ! Des accidents sont redoutés en mesure 155, et à la négociation de la difficile transition entre 214 et 215. Ici, les frottements des cordes aigues et graves déclenchent des harmonisations micro-tonales. Un drone grave, seul «instrument virtuel» de la partition, vient assombrir ce passage par ailleurs très acide, tout en notes filées. En mesure 208, le traitement déclenche une grappe de réverbérations caverneuses et futuristes à la fois. Tout cela est très complexe, surtout lorsque l’on songe que ces effets sont la résultante de la gestuelle des instrumentistes, et non la simple superposition de séquences préenregistrées.

Les échanges sont nombreux et vont droit au but entre Florence Baschet et les membres du quatuor : un silence de Guy en fin de mesure est perçu par la compositrice comme une césure trop marquée. Il faudra revoir cette ponctuation. Marc Danel, premier violon, attire l’attention sur le sujet tout pragmatique du tournage des pages de la partition, critique à certains moments, susceptible de provoquer des déconcentrations !
Mesure 252 : le dispositif électro prend toute son ampleur en marquant la démultiplication des gestes des musiciens. Mais après le travail de calage, cette mesure respire !


Nouveau filage de l'œuvre : un petit signe de déclenchement est convenu entre Marc et Maxime, à la régie son. La première mesure naît du silence. Un monde de glissements s'instaure. Cette fois‚ tout le filage s'écoule magnifiquement, jusqu'à ce que Gilles Millet, peu de temps avant la fin, casse une corde de son violon ! Pause. On se regroupe. On envisage ensemble le cas où le même incident se reproduirait lors du concert. Que faudrait-il faire ? Recommencer depuis le début puisque la pièce n’est pas découpée en mouvements ? Reprendre la section en cours ? Ou simplement continuer, si la fin de l'œuvre est proche ? On s'interroge... Mais que fait-on donc chez Haydn ? Ah, mais chez Haydn, il n’y a pas d'électro à recaler ! Florence va y réfléchir, la question n'est pas tranchée.

Ah, et pour les mesures d'introduction, Florence recommande au quatuor une vision plus géométrique des choses : le découpage des verticales et des horizontales doit être mathématique comme un théorème ! Au moins au début de l'œuvre, qu’elle ne souhaite surtout pas «romantiser».

Il est 13 heures. Ce sera tout pour StreicherKreis, au moins jusqu’à la générale qui a lieu demain. Mais après le déjeuner, il faut encore répéter les pièces de Rivas et de Bédrossian…

Nous retrouverons les deux autres volumes du cycle avec le quatuor Diotima, le jeudi 5 février, avec des œuvres de Hugues Dufourt et Brian Ferneyhough, et avec le quatuor Arditti, le vendredi 19 juin, dans un programme réunissant Philippe Schoeller, Arnold Schönberg et Denis Cohen.



Crédits photographiques : Christian Izorce
Tous droits de reproduction réservés


Quatuor Contemporain volume I : Démanché !

Premier concert Ircam du cycle consacré au quatuor à cordes - Saison 2008-2009


Depuis sa fondation en 1969 sous l’impulsion de Pierre Boulez, l’Ircam (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique) n’a cessé d’œuvrer aux développements technologiques liés à l’expression musicale, a encouragé de nombreuses vocations de compositeurs grâce à ses cursus de formation, et a suscité la création d’un nombre incalculable d’œuvres d’avant-garde. La saison événementielle 2008/2009 de l’Ircam à débuté en octobre dernier. Elle associe concerts, colloques et rencontres autours d’auteurs ou de technologies (voir par exemple l’article sur la présentation du système WFS).


Le 13 novembre dernier était donné le premier concert d’un cycle consacré au quatuor à cordes. Quatuor I : démanché ! convoquait le Quatuor Danel en la salle de projection de l’Ircam, dans un programme associant deux créations et deux œuvres existantes. Certaines de ces pièces faisaient appel à un dispositif électroacoustique destiné à enrichir la forme traditionnelle du quatuor. L’occasion pour Signal sur Bruit de se pencher sur les aspects artistiques et techniques de ce programme.


Le concert - Jeudi 13 novembre, 20 h 00, Ircam, Salle de Projection


En introduction du concert, Orbis Tertius de Sebastian Rivas, jeune compositeur franco-argentin actuellement en résidence à l’ensemble Multilatérale. Commencé dans un souffle, Orbis Tertius donne immédiatement à entendre un matériau sonore inouï et futuriste d’une saisissante clarté. Futuriste, mais évitant magistralement les artefacts sonores improbables au goût de science-fiction de série B, Orbis Tertius étonne par l’avant-gardisme du propos et la maturité de sa forme. En effet, «l’augmentation» du quatuor par l’électronique donne lieu chez Rivas à une forme très audacieuse, exerçant sans répit la curiosité, voire l’incrédulité de l’auditeur. S’aventurant soudain en son milieu dans les territoires abrupts de la saturation, la pièce se développe par glissements successifs en un furieux et strident unisson auréolé d’un fin brouillard bruitiste qui se répand dans la salle en petites bouffées. Une musique touffue, brute mais cristalline, que l'on aimerait écouter encore et encore afin d'en pénétrer les multiples strates.

Drôle et menaçant, plaintif et réjouissant, éprouvant pour les musiciens mais gai aussi, alternativement léger et pesant, subtil mais déterminé : Tracés d’Ombres de Franck Bédrossian est tout cela à la fois. Une écriture superbement inventive pour un quatuor «traditionnel», dépourvu d’électronique, et qui explore sans complexe de nombreux modes de jeu : glissandi, pizzicati et autres démanchés. On y admire le volontarisme sans retenue de Marc Danel, premier violon, qui impose à l’ensemble les directions sans cesse changeantes de cette œuvre à la fois déroutante et familière, souvent drôle. Un silence tout particulier parcourt alors la salle, qui semble comme retenir son souffle, presque hébétée.

En une véritable épreuve de force, les Danel, décidemment pas avares, puisant probablement dans leurs dernières réserves d’énergie, concluent le concert par le Neuvième Quatuor de Wolfgang Rihm, compositeur allemand des plus prolixes (plus de trois cent cinquante œuvres à son actif). De facture apparemment plus classique, ne faisant pas non plus intervenir l’électronique, ce 9e quatuor est néanmoins une pièce très moderne et tendue, toute entière traversée d'une inquiétante présence. Dissonances et arythmies y sont nombreuses. Sorte de synthèse entre les anciens et les modernes, dépassant les clivages entre l’avant-garde brute et la tradition, le langage de Rihm s’illustre de réminiscences classiques, et joue de leur confrontation avec des schémas hors norme, qui «jaillissent comme des gerbes d’éclairs et conduisent à des formulations éclatantes» (Josef Häusler, propos repris de la note de programme).



Zoom sur StreicherKreis de Florence Baschet