lundi 4 février 2008

LINN Klimax DS


Origine : Ecosse - Prix : 15 000 € -
Distribué en France par Linn France


Un OVNI atterrit sur la planète terre !

Objet d'un genre plutôt nouveau, le Klimax DS est un décodeur de fichiers numériques musicaux compatible avec une pleïade de formats : Studio Master (fichiers de haute résolution en 24 bits - 96 ou 192 kHz), FLAC (le format CD standard 16 bits - 44,1 kHz en compression sans perte) , WAV (le même, non compressé), MP3 (à différents taux de compression) et Radio Internet. Il est destiné à être inséré au sein d'une installation comprenant en outre un routeur ethernet, une ou plusieurs unités de stockage (disques durs stand-alone) et un PC de commande.

Une rencontre du 3ème type

La découverte auditive du Linn Klimax DS en comparaison instantanée avec le fameux lecteur CD12 du même constructeur, s’imposait tout naturellement !

C’est avec le célèbre et incontournable disque de Hadouk Trio Baldamore que j’ai commencé l’arbitrage de ce duel. «Hijaz» est le premier extrait écouté dans le cadre de ce match au sommet. Après l’écoute attentive effectuée sur un gros système Linn multiamplifié avec pour source le lecteur Linn CD12, on passe sans plus tarder au Klimax DS.

Pour moi, le gain est immédiat en termes d’ambiance de salle. C’est ensuite la ligne de basse qui paraît plus alerte, plus déliée. Mais je dois avouer que cette toute première comparaison, bien que révélatrice, ne me paraît pas d’un contraste renversant. «Très significatif» serait plus adapté. Il faut dire que le disque est une très récente production, et que son mastering et son pressage ont été réalisés avec beaucoup de soin. La surprise viendra quand même, dans le cadre du retour arrière, c'est-à-dire en revenant du Klimax DS vers le CD12. Il est vrai que dans ce sens, les différences entre appareils de niveaux sensiblement différents sont souvent révélées de manière cruelle. Et là, c’est bien le cas ! Entre autres choses, la dynamique globale du morceau, son «groove», viennent de prendre … une bonne claque … c’est à ce point !

Inutile de dire que la longue soirée que j’ai passé avec cette merveilleuse source a vu se succéder de nombreux morceaux, presque tous écoutés entièrement (c’est un signe !). Sur «O Solitude», de l’exceptionnel Music for a while (Henry Purcell – par Alfred Deller) le passage du CD12 au Klimax DS s’accompagne immédiatement d’une remontée du souffle ! Ah bon… mauvaise nouvelle ? Du tout ! Car il s’agit bien là du souffle naturel, analogique, contenu dans l’enregistrement original, et donc bien présent sur le CD, mais quelque peu escamoté par le CD12.

Première conclusion de "psycho-acoustique" sommaire et phénomène bien connu des amateurs : l’oreille humaine (suivie de tout le système cérébral de l’audition) se saisit de ce qu’on lui donne, et lorsqu’il s’agit du meilleur, s’en satisfait immédiatement, presque avec désinvolture. C’est ainsi que placé face à un tel système depuis seulement quelques minutes, l’auditeur même exigeant finit par tout trouver très normal … jusqu’au moment où l’on repasse de l’exceptionnel au seulement excellent, qui paraît du coup presque plat !

Évidemment, ce souffle n’est pas la musique, mais ce qui est valable pour cette information l’est heureusement pour d’autres. Avec cette remontée du souffle, c’est donc aussi un bon nombre de détails qui apparaissent, à commencer par ceux liés à l’acoustique et à l’ambiance de la salle, bien plus évidentes à percevoir avec le Klimax DS. C’est également l’extinction des notes qui est repoussée beaucoup plus loin dans le temps et l’espace. Il en résulte le caractère accru de souplesse et de fluidité du message. La modulation de la voix d’Alfred Deller est d’une plus grande évidence, et comme éclairée d’une nouvelle lumière satinée. Toute coloration électronique semble absente de cette voix. Il devient même possible de discerner certains points de montage dans quelques morceaux de ce disque.

Restons encore un peu avec Purcell, car le temps semble s'écouler avec langueur. Effectivement, certains rythmes semblent plus lents à l’écoute du Klimax DS. Il se passe ici ce que l’on constate souvent lors de la comparaison instantanée entre deux sources de qualité sensiblement différente. Sur des morceaux calmes, le tempo paraît de prime abord avoir ralenti avec la meilleure source. Tout simplement parce que la tenue des notes est aussi bien meilleure ! Bien entendu, personne n’a effectivement ralenti le rythme du morceau, mais avec le Klimax DS les traits d’archets durent sensiblement plus longtemps. Comme si l’interprète effectuait un geste plus accompli, plus harmonieux, plus musical en lui même. La réverbération prolongée des notes est également responsable de cette perception. L’accompagnement clavecin et basse de viole atteint avec le Klimax une qualité de fluidité, de respiration et de brillance absolument exceptionnelles. Songeons donc qu’une source telle que le CD 12 paraîtrait même terne, comprimée et contrainte par comparaison ! C’est un comble !

Avec le DS, l’impression d’être plongé au cœur de l’événement est magistrale : en passant à Ella & Duke at the Côte d’Azur (!), enregistré en Juillet 1966 à Juan les Pins. Tout est sur ce disque désarmant de naturel. Pourtant, tout excellent qu’il soit, cet enregistrement accuse son âge, par une certaine sécheresse pourrait-on dire, et par l’apparente fausseté des timbres de certains instruments, dont le piano.

Mais sur notre système du jour, c’est bien le mot «naturel» qui vient de suite à l’esprit. La sensation d’y être est déjà grande avec le CD12. Elle est encore améliorée par passage au Klimax DS. La scène sonore gagne dans toutes les dimensions, et particulièrement en profondeur. Les attaques au piano sont fulgurantes, et le timbre de celui-ci s’est soudain enrichi. L’instrument est bien consistant, et perd pour ainsi dire la teinte un peu caricaturale de «piano saloon» qu’il peut avoir sur des systèmes de moindre qualité. Pourtant, il s’agit toujours du même instrument, et probablement pas du meilleur Steinway qui puisse se trouver ! Mais l’attention de l’auditeur est résolument attirée par le jeu même, plus que par l’apparence des choses. Autre impression troublante, les musiciens jouent beaucoup plus ensemble et sont plus gais, plus volubiles : dynamique et expressivité sont complètement libérées.



L'interface informatique Linn GUI

Pour autant, je n’irais pas jusqu’à dire que la restitution est devenue
totalement analogique. Mais entendons-nous bien : le niveau de qualité sonore et musicale atteint ici est superlatif, car pratiquement dénuée des artefacts habituels de restitution, qu’ils soient analogiques (exception faite de l’éventuel souffle) ou numériques. Nous atteignons donc clairement ici un sommet de bonheur auditif. Dans l’absolu, je pense néanmoins qu’une source analogique de haut niveau est capable d’aller encore plus loin dans les effets de présence pure, de révélation du grain instrumental … mais c’est vraiment pour couper le décibel en quatre, je vous l’accorde ! Cette signature numérique extrêmement ténue du Klimax DS, si elle est encore perceptible, va d’ailleurs dans le sens non pas d’une quelconque agressivité ou froideur, mais d’une impression de très subtil polissage des sons, rendant peut être les choses un tout petit peu plus scintillantes que nature. Mais c'est tellement bon !

Conclusion

Le Klimax DS parvient sans peine à remplir les deux fonctions essentielles que l’on attend d’un très beau maillon audio : outre une reproduction sonore en très haute-fidélité, il offre à l’auditeur l’assurance d’un plaisir et d’une curiosité d’écoute sans cesse renouvelés. Car après tout, sommes-nous toujours sûrs de connaître le timbre réel des instruments originaux d’un enregistrement ? Certes non, et même … presque jamais ! Seuls les ingénieurs du son et les musiciens eux-mêmes le connaissent, et encore, ils le perçoivent d’une manière toute différente de celle du public. En revanche, la fascination pour la redécouverte d’un disque bien connu, écouté sur un système d’une transparence et d’une musicalité supérieure, est un phénomène bien réel et appréciable, connu de tous les audiophiles.


Il est tout à fait ahurissant de constater ce que le fait de s’abstraire des problématiques de lecture temps réel du CD peut apporter en termes de surcroît de musicalité. Il est vrai aussi que les étages de conversion N/A du Klimax DS sont loin d’être bâclés. Cela étant, ceux du CD 12 ne l’étaient pas non plus ! Il faut donc bien accepter ce fait : même avec des mécaniques de haut vol, la lecture même des CD semble encore être le goulot d’étranglement de la reproduction numérique. Sauf à pouvoir lire et relire le même passage d’un disque jusqu’à rejoindre la certitude absolue d’une copie conforme, ce qui exclut malheureusement toute possibilité d’écoute en temps réel.

Bien que ce ne soit pas l’objet central de cette écoute, j’ajoute que les quelques extraits «haute-résolution» (c'est-à-dire en codage 24 bits/96 kHz) écoutés (et comparés immédiatement à la version 16 bits/44 kHz) n’ont finalement pas révélé le même gap qualitatif que le passage du CD12 au Klimax DS avec des morceaux en résolution standard. Ceci est en soi assez troublant. Car une telle expérience tendrait à prouver que tout «limité» qu’il soit en théorie, le format 16 bits/44 kHz du CD Red Book souffre surtout de sa mise en œuvre mécanique. Mais avec cette superbe machine qu’est le Klimax DS, des comparaisons plus fouillées entre différents formats d’enregistrement devraient bientôt suivre. Elles apporteront sans doute leur lot de nouvelles surprises.

Il reste que, pour tout exceptionnel qu’il soit, le Klimax DS – qui peut par ailleurs se prévaloir d’avoir été l’un des tout premiers serveurs audionumériques de très haut de gamme lancé sur le marché – reste à mon sens handicapé par son prix, et par la nécessité d’une configuration un peu compliquée nécessitant PC, routeur et disque dur externes. Par ailleurs, à la date de cette écoute, l’ergonomie du système reste perfectible et l’on déplore notamment l’absence de visualisation des pochettes des CD reportés et écoutés. Insuffisance que Linn devrait combler dans les mois qui viennent…


La face arrière du Klimax DS





vendredi 11 janvier 2008

Enceintes Acoustiques VIENNA ACOUSTICS Mozart Grand


Origine : Autriche – Prix : 2400 € – distribuées en France



Les enceintes Vienna Acoustics Mozart Grand sont d’élégantes et fines colonnes à la finition rien moins qu’exceptionnelle. Notre exemplaire de test, couleur noyer foncé finement poncé et laqué est une petite merveille d’ébénisterie (la photo représente la finition cerisier).
Ces colonnes reposent sur un magnifique socle en aluminium injecté équipé de quatre pointes acier qui les rehaussent de 7 bons centimètres. En face avant, pour les curieux, deux unités grave-médium de 15 cm de diamètre, équipés d’une membrane totalement transparente en thermoplastique TPX. Ce matériau a été élu par Vienna Acoustics pour ses qualités de rigidité et de résistance à la température. Ici, ce composé est en outre recouvert de trois couches supplémentaires de polymères spécialement formulés afin d’optimiser encore ses caractéristiques.

Vous voulez savoir comment est constitué un haut-parleur ? Observez par transparence ceux de la Mozart Grand : tout est là ! En tout état de cause, ce composite présente un compromis idéal entre faible masse, haute rigidité et amortissement optimal des vibrations susceptibles de le parcourir (d’où une réduction efficace du fameux phénomène de fractionnement des membranes). Des transducteurs à haut pouvoir de résolution, comme nous l’observerons durant l’écoute. Pour l’aigu, la Mozart Grand arbore un beau dôme textile conçu en collaboration avec le fabricant Scanspeak.

Le filtrage est de type à deux voies et demi, les deux unités grave/médium individuellement chargées opérant en parallèle seulement pour les fréquences les plus basses. Vienna Acoustics apporte un scrupuleux souci du détail, comme en témoigne la réalisation du filtre, directement soudé sur les borniers. Le câblage de chaque haut parleur est réalisé grâce des paires de câbles cuivre à forte section, torsadées avec précision afin de limiter au maximum leur sensibilité aux parasites. L’arrière figure deux évents (un pour chaque volume de charge) et l’unique bornier de très haute qualité réalisé en alliage or/argent ! Il n’est pas jusqu’à la grille de protection qui ne possède son utilité. Tendue sur une armature aluminium, celle-ci présente un profil «en V» aux caractéristiques de dispersion étudiées pour une optimisation de la scène sonore dans les acoustiques un peu exigües.

Leur rendement correct de 90 dB leur permet l’association avec des amplis de puissance modérée dans un environnement domestique standard. Mais ces fines colonnes s’avèrent également à l’aise dans les grands espaces …

Ecoute

Il faut depuis presque vingt années compter avec les Autrichiens de Vienna Acoustics dans le domaine très cosmopolite de la haute-fidélité. Des modèles tels que les Isis et les Silver Shadow, apparues respectivement en 1991 et en 1995, ont en leur temps défrayé la chronique. Et les Mozart Grand sont bien là pour le prouver aujourd’hui encore. Il s’agit pourrait on dire d’un «grand petit-système». Malgré une profondeur assez importante, l’encombrement de ces enceintes reste en effet modéré. La taille des haut-parleurs de grave-médium est comparable à celle que l’on trouve sur de petits modèles d’enceintes, en format monitor ou mini-colonnes. Mais voila, le savoir faire et l’ingéniosité des concepteurs de chez Vienna Acoustics fait la différence. Et, à l’écoute, elles délivrent bel et bien un très grand son de qualité.

Prenons, par exemple, le turbulent Potato Radio de l’infernal duo Nancy King / Glen Moore (aujourd’hui quasiment introuvable sauf en occasion sur Internet). Ce système d’enceintes explore superbement toutes les trouvailles sonores déployées par notre tandem. Pour illustration les glissandi de contrebasse dans «Your love» … Sans compter l’effet de présence, dû à l’excellence de la prise de son, et à ses timbres étonnants de naturel (sur «Little Bronco», ou encore sur les percussions de la quasi-salsa «I sing for you» ). Ce disque transporte littéralement l’auditeur dans le studio d’enregistrement ! Le détourage des différents pupitres et leur replacement dans l’acoustique d’origine est magistral… l’extension dans le grave est sidérante au vu du diamètre des haut-parleurs ! En outre, l’équilibre et la largeur de bande apparente ne sont que très peu modifiés en fonction du niveau d’écoute. Même à faible volume, une écoute attentive typée «audiophile» reste possible. La prise de contact commence donc sous les meilleurs auspices !

Les Mozart Grand sont capables d’écarts dynamiques importants, et, décidemment, les musiciens du Buenos Aires Madrigal remplissent eux aussi l’espace avec une facilité déconcertante… Ici encore, le registre grave ne manifeste pas de limite apparente - mais il est vrai que nous n’écoutons pas Massive Attack ! Suffit-il d’expliquer que tous les instruments présents ici, violes, bandonéon, guitare, ainsi que les voix, affectent un degré de réalisme, un poids très convaincant, tout en présentant un caractère éminemment chantant. Sur une telle formation, on voit mal quel reproche on pourrait formuler envers ces enceintes, très bien entraînées ici par l’intégré Hegel testé dans ces mêmes colonnes.

Après la musique de chambre, place à l’orchestre. Place à Shéhérazade, qui sût échapper à la cruauté du Roi de Perse grâce à son pouvoir de conteuse. Nous sommes immédiatement sous le charme des tableaux évocateurs de cette œuvre magnifique. Premier point, la musicalité pure, nullement critiquable. Les Vienna Acoustics ne se font pas prier pour articuler et chanter. Ensuite, la neutralité et l’extension aux deux extrémités du spectre sont manifestes, ce qui ouvre une perspective très réaliste sur l’orchestre. La transparence sonore très supérieure de ces enceintes fournit une vue de détail crédible sur beaucoup de pupitres, tant au niveau tonal que spatial. La scène sonore est en effet bien ouverte et singulièrement profonde. Voila donc une vision de l’orchestre qui ne laisse pas place à la frustration et qui s’accompagne d’une reproduction des timbres toujours très racée.

Conclusion

Les Vienna Acoustics Mozart Grand sont tout d’abord de très beaux objets à la finition luxueuse, inouïe pour leur prix. Ce sont ensuite des enceintes qui embarquent entre autres choses des haut-parleurs de haute technologie, le fabricant autrichien ne se contentant pas de choisir des transducteurs dans un catalogue existant comme le font beaucoup de marques. Il existe bien entendu d’excellents fabricants de haut-parleurs, dont les produits font merveille dans nombre de réalisations du commerce. Mais l’écoute d’un modèle tel que les Mozart Grand permet de comprendre pourquoi un concepteur éprouve le besoin de fabriquer ses propres composants, ou d’en faire réaliser spécifiquement sur cahier des charges. Comment expliquer autrement le niveau de performance exceptionnel obtenu ici avec des unités grave/medium de taille tellement réduite ? Mais les Mozart Grand ne sont pas que des modèles de démonstration … elles savent aussi faire beaucoup de musique. Et au prix auquel elles sont proposées, il s’agit d’une véritable affaire, qui mérite une vive recommandation !

Spécifications constructeur

- Type : enceinte colonne à 2 voies et demi – 3 haut-parleurs
- Principe de charge : bass-reflex
- Réponse en fréquence : 32 Hz à 22 kHz @ +/- 3dB
- Sensibilité : 90 dB à 1 W à 1 m
- Impédance nominale : 4 Ohms
- Puissance nominale recommandée : 30 à 200 W
- Dimensions : 17 (L) x 29,5 (P) x 94 (H) cm
- Poids : environ 26 kg pièce

Configuration d'écoute

- Lecteur CD STELLO CD 320
- Ampli intégré HEGEL H200
- Câblage  : MPC Evidence (modulation) et MPC Abyss (enceintes)





jeudi 3 janvier 2008

Ampli intégré HEGEL H200


Origine : Norvège – Prix : 3400 € - Distribué en France
par Accentuel Audio




L’intégré Hegel H200 se présente comme un beau parallélépipède de finition noire ou gris satiné (dite pearl silver), dont seule la face avant présente l’originalité d’être légèrement galbée. Cette dernière affiche un gros poussoir de mise sous tension et un afficheur luminescent bleu placés en position centrale, complétés de part et d’autre par un sélecteur de sources et un réglage de volume. L’ergonomie en est bien pensée puisque la commutation de sources s’accompagne du retour progressif au niveau sonore automatiquement mémorisé lors des dernières utilisations. Par ailleurs, cet ampli intégré ne propose pas de réglage de balance, et ne présente que quatre entrées haut niveau : trois sur fiches RCA plus une entrée symétrique sur prises XLR. En revanche, le mode Home Theater et sa paire d’entrées dédiées permettra de n’utiliser que la partie ampli de puissance de cet appareil.

A l’intérieur, rien que du bon ! La conception dual-mono saute aux yeux, sauf pour le transformateur maison, unique composant mutualisé (à l’exception de la carte qui supporte les relais d’entrée et de celle qui commande l’affichage). Unique, mais très bien dimensionné ! 14 cm de diamètre, 7 cm d’épaisseur, 800 VA de puissance ! Tout est rationnellement et symétriquement organisé autour de ce majestueux composant. A savoir, pour chaque canal : une large carte d’alimentation, une carte de préamplification, et une carte d’amplification de puissance. Le câblage interne est réalisé avec soin, même si la coexistence de cartes mutualisées et de cartes dédiées gauche/droite oblige à faire courir entre celles-ci quelques longueurs de câble. En fait, l’intégré H200 se présente comme une version compacte du système séparé composé du préampli P2A Mk2 et de l’ampli de puissance H2A Mk2. Si la partie préampli du H200 est quelque peu simplifiée par rapport au P2A, les cartes de puissance sont en revanche identiques à celle du H2A, et embarquent la technologie Sound Engine brevetée par le concepteur de la marque. Très sommairement, il s’agit d’un principe d’amplification sans contre-réaction globale, permettant, selon le constructeur, de ne garder que les avantages respectifs des classes A et AB, et de se débarrasser de leurs inconvénients. La quadrature du cercle ? Toujours est-il que, nous le verrons plus bas, tout caractère électronique est absent de la reproduction dispensée par le H200.

Chaque carte d’alimentation s’enorgueillit de la présence de quatre condensateurs de 10 000 µF sous 80 V (d’origine Rubycon), complétés par deux unités de 1000 µF sous 100V. Côté préamplification, le signal ne rencontre que des composant discrets standards (non CMS), implantés sur un circuit imprimé en apparence monocouche. Du traditionnel, mais faisant appel à des composants en général surdimensionnés (cf les résistances verre/métal). Les transistors de sortie des cartes d’amplification viennent prendre appui sur les radiateurs latéraux. On en dénombre deux paires (modèles bipolaires 2SA1943) par canal.

Signalons également la jolie télécommande tout aluminium accompagnant cet appareil. Ses tous petits boutons la réservent cependant à des utilisateurs aux doigts délicats !


Ecoute

La restitution proposée par l’intégré Hegel est de prime abord ample, délicate et reposée. Ample, car sur un bon enregistrement studio (The Blue Nile, High), la scène sonore est magnifiquement étendue et précise. Elle situe avec un très bon détourage tous les événements sonores au sein d’un espace assez large, aux plans sonores très bien différenciés en profondeur. Du point de vue fréquentiel, le message affiche également une largeur de bande très satisfaisante. Le grave, en particulier, est excellemment maîtrisé tout en restant expressif et profond. Avec nos Totem Staff, dont le haut-grave peut à l’occasion paraître un peu trop généreux si elles ne sont pas assez bien contrôlées, le message affiche dans ce registre une bonne densité sans aucun effet pneumatique, pour ne pas dire une tension constante du meilleur effet. Le passage à des enceintes plus ambitieuses (les Vienna Acoustic Mozart Grand), démontrent un niveau et une qualité des registres grave et extrême-grave tout à fait impressionnants. Cette électronique en apparence toute sage a donc des tripes ! Mais elle affiche quel que soit le niveau sonore une absence quasi-totale de projection, ce qui n’est pas pour rien dans l’agrément d’écoute. La voix de Paul Buchanan est ainsi bien présente, agréablement timbrée et détaillée, mais jamais agressive. Tout juste pourra-t-on déceler une petite coquetterie parfaitement supportable dans le haut médium, une petite brillance mettant en exergue les micro-informations situées dans cette gamme du spectre.

L’écoute du Buenos Aires Madrigal confirme à la fois la richesse et la justesse des timbres délivrés par cette électronique, tout autant que son caractère musical et chantant. L’effet de corps est bien réparti sur tout le spectre, sans manifester d’exagération à caractère chirurgical. L’ambiance de salle est présente, et, de nouveau, l’espace sonore se déploie avec beaucoup d’aisance. L’articulation est évidente sur l’ensemble de la palette instrumentale, y compris dans le grave, qui parvient à afficher tout à la fois beaucoup de légèreté et un effet de présence très réaliste.

L’orchestre Stravinskien se déploie lui aussi avec beaucoup d’ampleur, tant spatiale que fréquentielle. Le Hegel H200 fait finalement preuve d’un pouvoir d’analyse assez poussé, mais savamment dosé de manière à conserver en toutes circonstances une excellente musicalité. Avec les Vienna Acoustic, très transparentes, l’orchestre acquière une profondeur tout à fait exceptionnelle. Mais ce qui ravit l’oreille, c’est la constante délicatesse prodiguée par cet intégré. La version de l’Oiseau de Feu est ici totalement sereine, mais présente un chromatisme et une fraîcheur tonale exemplaires. Sereine, au moins jusqu’à l’éclatement de la Danse Infernale, où l’Hegel donne la preuve indubitable de sa maîtrise de l’extrême grave et de sa capacité dynamique. Même sous un volume sonore important, l’image stéréophonique reste ample et précise en ne présentant pas de crispation majeure.

Conclusion

A défaut d’être ostensiblement tonique ou fulgurante, la restitution proposée par l’intégré Hegel H200 est élégante et racée. Voici en effet une électronique au son fluide et de grande classe, avec laquelle le plaisir de l’écoute est permanent. Excusez cet excès de lyrisme, mais cette électronique semble pure et transparente comme l’eau d’un fjord éclairé par un clair soleil d’été. Les timbres bénéficient en effet d’une constante lumière, très bien dosée, et dont toute tonitruance est exclue. Il faut entendre les cordes vrombir et les cuivres scintiller, avec une justesse tonale exemplaire. La précision est bien répartie sur tout le spectre audio et reste égale quelque soit le niveau : l’écoute à bas niveau avec des enceintes bien équilibrées est très agréable, pour ne pas dire savoureuse. Cette électronique sans stress fait partie de celles avec lesquelles les morceaux durent, sans pour autant que l’on s’ennuie une seule seconde à leur écoute. Un produit pour mélomanes, qui mérite amplement une sincère recommandation.

Spécifications constructeur

- Puissance : 2 x 200 Watts sur 8 Ohms, 2 x 350 Watts sur 4 Ohms
- Réponse en Fréquence : 20 à 20 kHz +/- 0,2 dB
- Réponse en Phase : inférieure à 2 ° de 20 à 20 kHz
- Rapport signal sur bruit : supérieur à 100 dB au niveau maximal
- Diaphonie : supérieure à 100 dB
- Distorsion à 1 kHz et 100W : inférieure à 0,006 %
- Distorsion d’Intermodulation (19 et 20 kHz) : inférieure à 0,01 %
- Facteur d’amortissement : supérieur à 1000
- Dimensions (L x H x P) : 430 x 130 x 380 mm
- Poids : 25 kg

Configuration d'écoute

- Sources : lecteur CD STELLO CDA 320
- Enceintes : TOTEM Staff et VIENNA ACOUSTICS Mozart Grand
- Câblage : MPC Evidence (modulation) et MPC Abyss (enceintes)